
Aller au chapitre 1. LONGPRÉ-LES-CORPS-SAINTS
Aller au chapitre 2. MAISON RAMAGE - ANTIQUITÉS - DEPUIS 1973
Aller au chapitre 3. ACTIVITÉS À LONGPRÉ-LES-CORPS-SAINTS
Aller au chapitre 4. LES MARAIS DE LA SOMME – LONGPRÉ-LES-CORPS-SAINTS
Aller au chapitre 5. LA MAISON DES MARAIS
Aller au chapitre 6. AGRICULTURE BIO À LONGPRÉ – CHÉ BIO GARDINS – BERTRAND BOUVIER
1.
LONGPRÉ-LES-CORPS-SAINTS
Suivez-moi à Longpré-les-Corps-Saints, petit village picard aux mille facettes, dans ses paysages riants entre souvenirs d’enfance, nature généreuse et richesse patrimoniale.



Une enfance insouciante à courir la campagne
Longpré-les-Corps-Saints, bourg de quelque 1 600 âmes, fut autrefois l’invariable destination de mes vacances et week-ends d’enfant. Ceux qui ont vu le film Bienvenue chez les Cht’is imagineront sans doute aisément la tête des copines quand j’annonçais que je partais dans la Somme. Si elles avaient su quels moments d’insouciance j’y ai vécu à sillonner les marais à vélo, à aller chercher le lait à la ferme du château avec mon pépé ou à verdir mes fonds de culotte avec mon frère sur les talus…
Une nature luxuriante, nourrie par les marais
À l’époque comme aujourd’hui, la nature était riche et variée, avec ses vallons, ses larris (d’abruptes côteaux calcaires), ses cours d’eau où les poissons se cachent dans les herbes aquatiques et, partout, une infinie palette de verts, un foisonnement de végétation que la région doit notamment à ses marais. Devenus lieux de loisirs pour la pêche, la chasse et la promenade, on y extrayait autrefois de la tourbe et l’on y cueillait les élégants nymphéas qui partaient en train orner les tables des grands restaurants parisiens dans le XXe siècle naissant.
Le lointain souvenir des grandes guerres
Certes, les villages de l’après-guerre restèrent longtemps balafrés par les conflits mondiaux qui y avaient fait rage sans jamais les épargner. Détruit à 90 pour cent pendant la Seconde Guerre mondiale, Longpré, fut reconstruit en grande partie par l’architecte Paul-René Chauvin, ce qui explique son harmonie architecturale.
Un village dynamique et accueillant
Aujourd’hui village paisible et coquet où il fait bon vivre, Longpré est un bourg commerçant. On y trouve tout le nécessaire et un peu plus. Boulangeries, épicerie, supermarché, café, pharmacie, médecins, école, marchés. Son petit plus : les deux marchés hebdomadaires. Celui qui se tient le mercredi matin devant la mairie a été hélas quelque peu délaissé ces dernières années. En revanche le marché bio de producteurs locaux, qui a lieu tous les vendredis de 16 h 30 à 18 h 30 devant la maison des marais, n’en est quant à lui que plus vivant.
La Maison des marais
En quête de nature ? La Maison des marais (rue de l’Ancienne Gare), ouverte du 1er avril au 30 septembre, du mercredi au dimanche de 9 h 30 à12 h 30 et de 13 h 30 à18 h, la met à l’honneur. Vous pourrez, entre autres, y louer des bicyclettes et y obtenir informations et dépliants, notamment sur les itinéraires de randonnée ou les sorties bucoliques en barque électrique dans les étangs.
Départ pour la chine avec monsieur Ignace
Au cœur du village, en face de l’église, se trouve la boutique d’antiquités-brocante de monsieur Ignace. Rendez-vous incontournable à Longpré si vous aimez chiner. Une boutique ouverte toute l’année, dirigée par un passionné, presque toujours disponible pour un brin de causette.




Notre-Dame de l’Assomption : édifice lumineux nimbé de mystère
Face au magasin d’antiquités se dresse la collégiale. Elle fut fondée au début du 13e siècle par Vibert, chapelain d’Aléaume de Fontaines, seigneur de Longpré, mort en rentrant de croisade. Il voulait y conserver les reliques que son seigneur avait acquises en Terre Sainte et qu’il avait ramenées après son décès. Notre-Dame de l’Assomption (rue des Cloîtres) fut édifiée au-dessus d’une crypte romane de 1190 qui possédait un passage, dont l’entrée bouchée par des
éboulements est encore visible aujourd’hui. Il permettait aux chanoines de rentrer chez eux sans être vus au dehors. D’aucuns disent que ce tunnel conduisait aussi au château, depuis longtemps disparu, et certains prétendent même qu’il se poursuivait en direction de la mer. Endommagée et détruite, puis reconstruite à plusieurs reprises, les plus anciens vestiges de l’église, le portail gothique et le clocher dont la flèche brûla lors de la Seconde Guerre mondiale, datent du XVIIe siècle. Le reste de l’édifice tranche par sa modernité assumée et son intérieur clair aux vitraux abstraits des années 1960 qui, les jours de soleil, dessinent des motifs colorés sur les murs en pierre de taille.
Ouverture à l’occasion des journées du patrimoine, avec visite de la crypte, et des messes (voir affichage à la porte de l’église)
Un trésor à découvrir… à Abbeville
Le trésor de Longpré-les-Corps-Saints, autrefois enfermé dans un coffre-fort, a été confié à la ville d’Abbeville. Il est exposé au Carmel (34-36 rue des Capucins), devenu dépôt d’art sacré pour les richesses de communes qui n’étaient pas en mesure d’assurer leur sécurité et ne les présentaient par conséquent que très rarement.
Horaires : du mardi au samedi, de 14 h à 18 h (17 h d’octobre à mars)
Visite libre gratuite
Séjourner à Longpré
Parc du Bel Air
80510 Longpré-les-Corps-Saints
Courriel : auxbullesdeaudouce80@gmail.com
Internet : https://air.tl/wxr4Pf5L
Facebook : Aux bulles d’eau douce
Instagram : aux_bulles_deau_douce
Envie de nature ? Un gîte chaleureux et poétique pensé pour le bien-être des vacanciers.
Gîte de la Terrière
Anne Drouvin
16 rue du 8 mai
80510 Longpré-les-Corps-Saints
Tél. : 03 22 31 22 19
Mobile : 06 21 61 50 41
Des hôtes très accueillants à la ferme. Petit déjeuner compris.
Étang de l’Hôpital
M. et Mme Régis et Eva Buchalet
Étang de l’Hôpital
80510 Longpré-les-Corps-Saints
Fixe : 03 22 31 19 47
Mobile : 06 14 37 92 19
Courriel : etangdelhopital@orange.fr
Un cadre somptueux
Chalets/gîtes de pêche
Ludivine Leblond
9 Porte D – Chemin Marais Roselle 1
80510 Longpré-les-Corps-Saints
Mobile : 06 35 46 58 44
Aux p'tits plaisirs (accès aux étangs sécurisé)
M. et Mme Allan Emilie
rue des Mules
80510 Longpré-les-Corps-Saints
Mobile : 06 83 28 22 71
Camping de la Haute Borne
Cavée Vincent
80510 Longpré-les-Corps-Saints
03 22 24 42 50
Ouvert du 1er avril au 30 septembre
Situé sur les hauteurs avec une vue splendide sur la vallée, ce camping 3 étoiles vous accueillera dans ses mobil-homes ou sur ses emplacements nus. Il dispose en outre d’une piscine chauffée.
Restauration
Pour les fans de pizzas, le camion de Jéjé s’installe tous les lundis soir devant la mairie à partir de 17 h. Commander sur place ou au +33 6 33 05 38 35.
La boulangerie, rue des Cloîtres, propose de délicieux sandwichs faits maison et certains jours des quiches, ficelles picardes…
Le Korrigan’s Bar
10 Grande Rue
80510 Longpré-les-Corps-Saints
Pour prendre un verre ou un café, à l’intérieur ou en terrasse. Accueil très agréable.
2.
MAISON RAMAGE - ANTIQUITÉS - DEPUIS 1973
MICHEL IGNACE – À CONTRE-COURANT DU TEMPS QUI PASSE
Plongez dans l’univers enchanté d’une boutique d’antiquités-brocante où chaque objet raconte une histoire et où le temps est suspendu.
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|---|---|---|
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Souvenirs d’enfance et rencontres mémorables
Adolescente, j’ai souvent passé seule une partie de mes vacances dans la résidence secondaire de mes parents à Longpré-les-Corps-Saints. Quand je n’enfourchais pas mon vélo pour arpenter les marais ou que je n’allais pas rejoindre ma copine Valérie, j’aimais musarder dans le magasin d’antiquités et de brocante de madame Ramage. De cette époque me sont restés deux livres et de merveilleux souvenirs d’une femme de tête, élégante, résolue et belle, qui m’accueillait avec grande gentillesse. Elle nous a quittés en septembre 2013, mais son âme flotte encore dans la boutique, aujourd’hui dirigée par son époux, Michel Ignace.
Entrons : sur la droite se dresse encore le fauteuil de madame avec une photo d’elle et quelques objets personnels épars sur une console, comme si elle allait revenir à tout moment. Face à la porte du magasin, un autre fauteuil, celui de Lucky, le fidèle compagnon du couple qui accourt souvent en jappant pour accueillir clients et visiteurs. Il faut dire qu’ici nous ne sommes pas juste dans un commerce, mais aussi un lieu de rencontre, où l’on vient parfois juste faire un brin de causette, une parenthèse bienvenue, loin du trop-plein de modernité qui nous assaille au quotidien.
Le charme d’un décor en perpétuelle évolution
La boutique, ce sont deux pièces dont le décor se renouvelle toutes les semaines, un lieu dont ces changements n’entament jamais le caractère familier. Passons l’ouverture de la pièce principale face à l’entrée sur la rue, empruntons à gauche un couloir lui aussi au décor en mue constante, laissons à droite l’escalier qui mène aux appartements pour entrer dans la réserve, une caverne d’Ali Baba où l’on peut presque toujours chiner d’humbles trésors, livres d’auteurs parfois tombés dans l’oubli, mais qui n’en sont pas moins intéressants ou charmants, menus objets, vaisselle, etc. Étant plus jeune, c’est là que j’aimais muser – ce que je fais aujourd’hui encore avec un égal plaisir.
Une histoire d’amour et une passion
Quand j’arrive pour rencontrer Michel Ignace, il est occupé à réparer un porte-cartes en écaille frappé d’élégantes initiales en or. Lucky quémande son attention, puis vient se frotter contre mes jambes avant de s’enrouler dans son fauteuil. Originaire de Ruffec, petite ville de Charente, monsieur Ignace est venu s’installer à Longpré-les-Corps-Saints en 1969 et y a été instituteur jusqu’en 1997. En 1971, il rencontre Christiane Ramages, sa future épouse, qui dirigeait alors une équipe d’ouvriers hautement spécialisés, notamment de soudeurs pour le secteur du nucléaire, dont elle louait les services aux centrales de tout l’Hexagone. Mener une telle équipe et se déplacer sans cesse à travers la France finit par lui donner une envie de stabilité. Sa mère avait été antiquaire à Hyères, aussi avait-elle baigné durant sa jeunesse dans le métier. C’est ainsi que lui vint l’idée de monter une boutique à Longpré. C. Ramage Antiquités étaient nées et monsieur Ignace suivit son épouse dans cette aventure. Pendant qu’elle se rendait aux puces de Saint-Ouen pour vendre le week-end, lui tenait la boutique. Après l’école et le mercredi, il se chargeait des livraisons et apprit en même temps sur le tas grâce à un vieil ébéniste du village à restaurer les meubles anciens. L'ancien qui n’était plus en mesure de travailler venait le soir une ou deux heures prodiguer des conseils à Michel sur les essences à utiliser, les techniques à appliquer. Aujourd’hui, du bois ancien –planches, éléments de meubles, etc. – s’entasse dans l’atelier jusque dans la cour. Il s’en sert pour les réparations. Les séances avec le vieil ébéniste donnèrent à monsieur Ignace le goût d’un métier qu’il exerce à plein temps depuis sa retraite avec un plaisir sans mélange, une activité qui entretient manifestement sa forme puisque, comme il me l’explique, un antiquaire doit toujours savoir se débrouiller seul, même avec les meubles lourds.
Le précieux héritage d’un lieu de tradition à la porte toujours ouverte depuis 1973
Voici maintenant plus de 50 ans que les gens contactent cette adresse pour des successions ou la vente d’objets, se fiant à une réputation que Christiane Ramage et Michel Ignace ont forgé au fil de ce demi-siècle. Si Michel a repris seul le flambeau, son épouse, dit-il, est toujours à ses côtés. L’idée de fermer la boutique après son décès lui était insupportable. Aussi l’a-t-il rejetée, pour le bonheur de ses clients, mais aussi pour perpétuer l’œuvre d’une vie et ne pas céder à la solitude.
Le magasin est ouvert presque tous les jours de l’année depuis 1973. Rares furent les occasions où ses portes restèrent closes. Quand il s’absente, c’est Francine, son employée, qui prend le relais pour accueillir et renseigner la clientèle, une clientèle composée de gens de la région et des départements limitrophes, mais aussi de marchands de l’étranger.
Gageons que cette boutique continuera longtemps encore d’enrichir la vie du village.
C. Ramage Antiquités
5 rue des Cloîtres
80510 Longpré-les-Corps-Saints
Tél. : 06 07 80 10 56
Ouvert 7 jours sur 7, de 10 à 18 heures
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3.
ACTIVITÉS À LONGPRÉ-LES-CORPS-SAINTS
Les terrains de tennis, l’aire de jeux et le terrain de basket se situent au centre du village, dans un écrin de verdure, bordé par l’Airaines.
Location des courts de tennis
Place du Marquelet
S’adresser à Maryline Willeretz
Réservations
Mobile : 06 82 07 85 21
Tarif : 6 €/heure

Terrain de basket
Utilisation libre
Entrée à droite des courts de tennis
Aire de jeux
Utilisation libre
Entrée à droite des courts de tennis
Location de vélos
La maison des marais
Rue des Marais
Vélo individuel :
- 4 €/personne la 1/2 journée
- 8 €/personne la journée
- 15 €/personne les 2 jours
- 30 €/personne les 6 jours
Vélos famille ( 2 adultes + 2 enfants) :
- 12 € la 1/2 journée
- 24 € la journée
- 45 € les 2 jours
- 100 € les 6 jours
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LES MARAIS DE LA SOMME – LONGPRÉ-LES-CORPS-SAINTS
![]() Marc Dallery | ![]() Rhizome de nénuphar | ![]() Maison des marais |
|---|---|---|
![]() Cirse maraîcher | ![]() Long | ![]() Cirse maraîcher |
![]() Calopterix | ![]() Cirse maraîcher | ![]() Marais de LongpréMarais de Longpré |
![]() Berces | ![]() Berce | ![]() Maison des marais |
![]() Cirse maraîcher | ![]() Étang de la Fontinette | ![]() Cirse maraîcher |
Voyage au cœur des marais de la Somme : sous les ciels mouvants de la Somme, s’étendent les tourbières, mémoire vivante de ce royaume de l’eau et du végétal. Longtemps exploitées, aujourd’hui protégées, ces terres sombres, parfois noires, et humides racontent l’histoire séculaire de l’intervention humaine, et des mystères de la nature. C’est aux côtés de Marc Dallery, guide nature pour le parc naturel régional et responsable de l’entretien autour de la maison des marais que j’ai eu la chance d’arpenter une toute petite partie des tourbières. On compte en tout 1 000 hectares de marais pour le territoire entre Condé-Folie, Longpré-les-Corps-Saints, Long et Fontaine-sur-Somme sur les quelque 3 000 hectares de marais de la Somme.
La tourbe, mémoire vivante des marais
Les tourbières, de la Somme existent depuis des temps immémoriaux. Mais leur exploitation, à partir du moyen Âge, qui est relativement nouvelle. Aujourd’hui, on sait toutefois que ces étendues naturelles captent dix fois plus de carbone que les forêts et qu’il faut absolument les protéger, d’autant que la combustion de la tourbe libère le CO2 emmagasiné.
Une exploitation humaine vieille de sept siècles
Marc, passionné de nature, commence à remonter le fil de l’histoire : les étangs issus des tourbières sont nés de la main de l’homme, qui a commencé à exploiter la tourbe dans la Somme vers 1300. À cette époque, la Picardie était encore largement couverte de forêts. Cependant, la demande croissante en bois épuisa progressivement cette ressource. Aussi, avec l’accélération du défrichement au 16e siècle, le tourbage s’intensifia. Cet essor s’explique par la construction d’habitations pour une population grandissante et celle de navires, rendus nécessaires par les conflits avec l’Angleterre.
La tourbe est le produit d’une décomposition végétale extrêmement lente étant donné que les décomposeurs, comme les escargots et les vers, en sont absents. Pour qu’elle se développe, il faut un environnement de grandes prairies s’asséchant en été, sur un sol toutefois gorgé d’eau pendant la saison humide : la vallée de la Somme se remplit d’eau dès l’automne, permettant aux végétaux de se décomposer au rythme d’un millimètre par an ; un calcul vertigineux si l’on veut connaître l’âge de ces marais d’une épaisseur de 10 mètres par endroits.
Le sol argileux et la cuvette samarienne ont favorisé le développement de ces tourbières. La tourbe qui s’y formait était un combustible très bon marché, mais aussi moins performant que le bois ou, plus tard, que le charbon. L’extraction de la tourbe, activité physiquement très pénible, s’étalait sur six mois. Au début, les outils ne permettaient pas de l’extraire à plus d’un mètre cinquante de profondeur. Ce combustible, une tourbe âgée de 1 500 ans – donc jeune à l’échelle de sa formation –, était de mauvaise qualité. Il fallut attendre l’invention du grand louchet en 1786 par un Samarien, Éloi Morel, pour atteindre des profondeurs allant jusqu’à six mètres. Une équipe de quatre tourbiers réussissait ainsi à produire 8 000 briquettes par jour. Les hommes les extrayaient et les empilaient, les femmes étaient ensuite responsables du séchage. Vers 1910 s’amorça le déclin de la tourbe, supplantée par le charbon, notamment du nord de la France. La tourbe continua d’être utilisée jusque dans les années soixante, essentiellement pour l’horticulture et le maraîchage, et par les anciennes familles de tourbiers qui, par tradition, la conservèrent pour se chauffer. Aujourd’hui les tourbières sont protégées au titre de la convention de Ramsar, qui en interdit l’extraction. Si l’exploitation de la tourbe a longtemps assuré la prospérité des communes riveraines des marais, sa disparition a également marqué le début de leur déclin économique.
L
Une maison, des souvenirs, un paysage
Marc est interrompu par l’arrivée de l’ancien habitant de la Maison des marais. Avant de devenir office du tourisme, celle-ci était en effet la propriété du notaire du village qui la louait. L’ancien locataire, parle avec beaucoup d’émotion du temps où il avait le privilège de vivre dans ce cadre luxuriant et paisible avec une vue imprenable sur les étangs et l’église de Long sur les hauteurs, au loin. À l’époque, la maison ne possédait pas encore d’étage.
Aux racines du vivant : de la nature purificatrice aux mondanités de la capitale
Après avoir quitté l’ancien locataire de la Maison des Marais, Marc nous entraîne sur un ponton et nous explique que l’eau de l’étang de la Fontinette doit sa transparence aux plantes hélophytes. Ces végétaux semi-aquatiques, dont les racines et rhizomes se développent dans une terre gorgée d’eau, entourent les étangs et assainissent le marais. La transparence de l’eau favorsie la photosynthèse des plantes aquatiques, oxygénatrices de l’eau. Celle-ci en devient si pure qu’un simple filtrage suffit ensuite à la rendre potable. Attention toutefois, surtout pendant les périodes de fortes chaleurs qui peuvent entraîner l’apparition de certaines bactéries.
Notre guide désigne à présent les nénuphars, jaunes et blancs, qui émaillent la surface de l’eau. Au début du vingtième siècle, à une époque où la haute société était friande d’art et de culture asiatiques, on tenta d’importer des fleurs de lotus. Un projet qui se révéla impossible, puisque ces fleurs vivent tout juste quatre jours et que les importer du lointain Orient prenait trop de temps. Ainsi les nénuphars des étangs de la Somme, cousins des lotus orientaux, furent-ils récoltés jusque dans les années trente. On les chargeait alors en gare du Câtelet ou de Longpré-les-Corps-Saints, d’où ils partaient orner les tables des grands restaurants et des hôtels parisiens.
![]() CygneLongpré-les-Corps-Saints | ![]() Maison des maraisLongpré-les-Corps-Saints | ![]() Le marais dans la brumeLongpré-les-Corps-Saints |
|---|---|---|
![]() RoséeLongpré-les-Corps-Saints | ![]() Sorti des brumesLongpré-les-Corps-Saints |
Le marais guérisseur et nourricier
Le marais est aussi un immense réservoir de plantes comestibles et médicinales. Marc nous montre le houblon sauvage aux propriétés calmantes, la reine-des-prés, véritable aspirine végétale, ou encore la consoude, dont les Romains confectionnaient déjà des emplâtres pour favoriser la consolidation des fractures. Toute cette végétation nécessite un entretien régulier afin d’empêcher les marais d’être progressivement envahis par les ligneux, dont certains ne se décomposent que très lentement. Pendant les six mois de la saison morte, les tourbiers ne pouvaient pas travailler. Aussi pratiquaient-ils la pêche et la chasse au gibier d’eau pour compléter leur alimentation en protéines durant cette période. Ce sont eux qui commencèrent à entretenir les marais, une tradition perpétuée jusqu’à aujourd’hui par certains pêcheurs et chasseurs.
Libellules, menthe aquatique et fleurs sauvages
Nous poursuivons notre marche autour de l’étang. Des noms de fleurs, d’insectes, de poissons et d’oiseaux fusent, tout comme les explications de Marc sur leurs propriétés, révélant l'incommensurable richesse d’un équilibre naturel qu’il faut préserver. Des libellules vertes, bleues, rouges volètent alentours, se poursuivent, s’accouplent, se posent, graciles éclairs colorés, sur des herbes qu’elles ne font même pas ployer. Marc cueille une branche de menthe aquatique dont la puissante fragrance chocolatée nous accompagne dans notre promenade. Puis, il nous présente une sagittaire à feuilles en flèche avec ses élégantes fleurs d’un blanc immaculé, ornées d’un cœur pourpre et vert tendre. Viennent ensuite une épiaire des bois, dont l’inflorescence évoque une grappe de minuscules orchidées, et un cirse maraîcher – également appelé chardon des marais –, qui attire toutes sortes d’insectes butineurs.
L’entretien du vivant : chevaux, vaches… ou moutons ?
En chemin, nous croisons encore quelques pêcheurs avant de nous engager dans la dernière partie du circuit, un sentier bordé de pâtures. Si, à Long, les marais sont entretenus par des chevaux camarguais, ici, ce sont pour l’instant des vaches qui sont employées. Les charolaises n’apprécient toutefois pas particulièrement « l’assiette » qui leur est servie et piétinent plus qu’elles ne mangent. Elles se révèlent ainsi bien moins efficaces que les chevaux de la commune voisine. Des bovins highlands, plus rustiques, ou encore des chèvres et des moutons, capables de consommer les ligneux, seraient sans doute mieux adaptés.
Le silence des oiseaux
Le sentier que nous empruntons à présent est bordé de taillis où poussent des fougères arborescentes qui évoquent celles des serres tropicales. Pour un peu, on se croirait en Amérique du Sud. Comme nous nous étonnons de ne pas entendre beaucoup d’oiseaux, Marc nous explique que, fin août, ils sont en pleine mue, donc particulièrement vulnérables, car moins agiles et moins véloces. Voilà pourquoi ils se cachent et se font avares de leurs chants.
Une clôture subtilisée, mais une volonté intacte
Notre promenade touche à sa fin. Aubépine, églantier, sureau, nous longeons un véritable garde-manger pour l’homme et les animaux. Seule fausse note dans cet environnement si préservé : une clôture destinée à protéger une zone de silence a été éventrée. Le grillage se volatilise depuis un an, petit bout par petit bout. Marc le prend avec philosophie. Quand tout aura disparu, on le remplacera par un grillage à moutons aux mailles plus grandes, peu intéressant pour les voleurs et plus propice au passage de certains animaux.
Au royaume de grand-mère Poisson
Notre balade s’achève avec quelques explications concernant les étendues non fauchées et leurs vertus pour la biodiversité. Marc nous livre aussi le récit de la légende de grand-mère Poisson que l’on narrait autrefois aux enfants. S’ils ne voulaient pas que l’effrayante aïeule les attrape et les entraîne dans les profondeurs de son royaume, ils devaient, leur disait-on, se tenir éloignés des étangs. Aujourd’hui, toutefois, les eaux sont paisibles et limpides, et rien d’inquiétant ne vient troubler leur surface étale. À la belle saison, l’insouciance est de mise et grand-mère Poisson devra patienter jusqu’aux veillées d’hiver pour sortir d’une mémoire ancienne et faire frissonner quelques esprits enfantins.
Marc, un guide formé sur le terrain
Avant de repartir, je demande à mon guide quelles études il a suivies pour accumuler cette somme immense de connaissances. En fait, Marc, ancien professeur d'EPS itinérant, est devenu presque par hasard responsable de la Maison des marais de Longpré. Membre du bureau d'études et de la commission d'aménagement chargés de créer la réserve ornithologique de Grand-Laviers, il connaissait déjà parfaitement le milieu naturel. C'est cette expérience qui l’a conduit à accepter cette mission Je le remercie d'avoir partagé son précieux savoir. Souhaitons qu’il continue longtemps encore à transmettre cette passion qui fait de chacune de ses visites un moment privilégié.
Infos pratiques si vous appréciez les bienfaits du silence et d’une nature préservée.
Avertissement !
La baignade est interdite dans les étangs. En effet, si leurs eaux limpides et lisses invitent à la baignade, ce calme est trompeur : elles peuvent vite se transformer en piège fatal. Leurs profondeurs très inégales et les différences de températures qui y règnent peuvent se révéler très dangereuses. Un nageur peut facilement se prendre les pieds dans la végétation, s’enfoncer dans la vase ou se retrouver victime d’une hydrocution.
Sorties d’avril à septembre.
Découverte du marais en canoë.
Découverte des curiosités du marais tourbier.
Balades bucoliques en barque traditionnelle.
Sorties à la découverte des chants d’oiseaux du marais (juin).
Renseignements à la Maison des marais
Rue de l’Ancienne Gare
80510 Longpré-les-Corps-Saints
Tél. : 03 22 31 86 93
Facebook : Maison des Marais
Web : Maison des Marais – Longpré-les-Corps-Saints
Ouverte du 1er avril au 30 septembre
Du mercredi au dimanche de 9 h 30 à 12 h 30 et de 13 h 30 à 18 h 00
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|---|---|---|
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Au fil de la véloroute Vallée de Somme, la Maison des marais se dévoile comme un véritable carrefour de découvertes. Entre patrimoine, biodiversité et aventures en pleine nature, elle vous invite à explorer les richesses insoupçonnées de l’arrière-pays picard.
La Maison des marais : entre histoire et nature
Installée le long de la véloroute Vallée de Somme, la Maison des marais appartenait à l’origine au notaire de Longpré-les-Corps-Saints. Son locataire avait alors le privilège de vivre au cœur d’une nature préservée. En 2012, elle a été transformée en office de tourisme. Elle est aujourd’hui le point de départ de nombreuses sorties nature : à pied et à vélo au fil d’un réseau de plus de 100 kilomètres de sentiers balisés, ou encore en canoë et en barque électrique.
Marc Dallery, que j’ai présenté au chapitre 4 consacré aux marais de la Somme, propose ici des sorties guidées, à la découverte des richesses de la faune et de la flore des marais samariens.
Mélanie, une passionnée au service des visiteurs
Je suis allée à la rencontre de Mélanie, assistée ce jour-là de Gauthier. Mélanie Houbron est arrivée en 2016 à la Maison des marais après différentes fusions administratives. Elle s’est progressivement formée à ce métier qu’elle exerce aujourd’hui brillamment et avec passion. Sa mission consiste à proposer aux touristes un accueil personnalisé, en allant parfois au-delà de leur demande pour les faire sortir des sentiers battus. Elle se charge aussi des réservations pour les visites et les sorties avec des guides nature. Son activité est extrêmement prenante, notamment en été. Aussi profite-t-elle de l’hiver pour continuer de se former et découvrir cette région qu’elle aime profondément. Plus au calme en cette saison, elle laisse libre cours à son imagination fourmillante pour élaborer toutes sortes de projets.
Les trésors cachés des terres picardes : un appel à la curiosité
Vous pouvez retrouver Mélanie lors des journées du patrimoine en septembre. À cette occasion, elle fait visiter la crypte de la collégiale de Longpré (voir le chapitre 1 : Longpré-les-Corps-Saints) et en dévoile les passionnants secrets. Toutefois, la jeune femme déplore le fait que les visiteurs, souvent attirés par le littoral, délaissent les richesses à l’intérieur des terres. N’hésitez pas à faire appel à elle en saison, elle vous prodiguera de précieux conseils.
Horaires
La Maison des Marais à Longpré-les-Corps-Saints vous accueille du mercredi au dimanche du 1er avril au 30 septembre.
La Maison des marais propose également la location de vélos.
Outre une mine de bons conseils, vous y trouverez toutes sortes de dépliants utiles. La boutique propose quant à elle des produits divers : miel et produits d’apiculture du rucher de MaMaTi, livres pour enfants et adultes, souvenirs de production française (appeaux, magnets, gobelets en lin, cartes postales, etc.)
Tous les vendredis se tient le marché de producteurs bio locaux. Ché bio Gardins, le stand maraîcher de Bertrand, est au rendez-vous toutes les semaines. Pascaline installe son camion d’épicerie itinérante Du Vrac dans le Bocal une semaine sur deux, tandis que le rucher de MaMaTi propose ses miels une fois par mois. Une boulangère, une crémière, des bouchers et d’autres producteurs viennent aussi régulièrement se joindre à eux.
Maison des Marais
Rue de l'ancienne Gare
80510 Longpré-les-Corps-Saints
Tél. 03 33 31 86 93
Internet : https://www.tourisme-baiedesomme.fr/
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Aller au chapitre 2. MAISON RAMAGE - ANTIQUITÉS-BROCANTE DEPUIS 1973
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Chez Bertrand, le végétal est roi
Avec son stand de légumes bio, Bertrand Bouvier fut le premier commerçant du marché. Le Longiprate possède des parcelles à Longpré, à une centaine de mètres de la Maison des marais, et dans la commune voisine de Fontaine-sur-Somme. En l’attendant sur son terrain de Fontaine, j’ai pu flâner et découvrir ses cultures. À côté des serres-tunnels qui dégagent quand on les approche un air extrêmement chaud, cultures, fleurs sauvages et herbes folles paraissent faire bon ménage.
Le végétal règne ici en maître, dans une apparente anarchie. Ici, il n’est pas aligné au cordeau, « tiré à quatre épingles », au contraire, et c’est voulu. « Avant toute culture », m’explique Bertrand, « il faut préparer le sol pour que les plantations puissent se développer » : au départ le jeune maraîcher procède à un désherbage manuel, jusqu’au moment où les cultures deviennent suffisamment vigoureuses pour s’imposer face aux adventices. Ainsi, les topinambours cohabitent-ils ici en bonne intelligence avec la menthe aquatique et les laiterons.
Dans les serres voisines, les rangées de tomates alternent avec celles d’aubergines et de poivrons, séparées par des plantes aromatiques. Basilic, estragon, verveine citronnée, menthe poivrée, etc. ont été intercalés pour créer un équilibre et repousser ou attirer certains insectes.
Laisser la nature faire son œuvre
Plus loin, s’étend un verger de pommiers palissés, bien chargés en fruits. À côté, les poiriers et les abricotiers sont encore jeunes. Il faudra attendre deux ans encore avant qu’ils ne commencent à fructifier. Ici, pas un centimètre carré sans végétation ; les hautes herbes masquent même une mare laissée à l’état sauvage. Parmi la verdure dense s’épanouit une bourrache, petite étoile veloutée d’un bleu profond que l’on a envie de caresser. Autant que possible, la nature est libre d’évoluer et de permettre à des auxiliaires de s’implanter pour parasiter ou dévorer les insectes ravageurs. Cette biodiversité contribue à instaurer un équilibre naturel.
Nous longeons la pépinière, laissons sur la droite trois cerisiers, très appréciés de la gente ailée, pour atteindre la serre des melons et pastèques. La récolte est prévue pour la mi-septembre. Malgré la toile de paillage, des adventices parviennent toujours à se frayer un chemin ; Bertrand en arrache quelques-unes. Pour l’instant, les fruits sont encore petits et l’on aperçoit encore ici et là quelques fleurs.
« Grâce aux variétés d’aujourd’hui », m’explique Bertrand, « on peut cultiver des plantes traditionnellement emblématiques du sud. » Il cultive par exemple un ail rose, doux et parfumé.
Ché bio gardins: un projet cultivé à contre-courant
Au départ, le jeune quarantenaire ne se destinait pas au maraîchage. Après une enfance à Longpré où il jardina beaucoup, il opta pour un cursus d’agronomie dont il sortit ingénieur forestier, spécialisé dans la production de bois énergétique. Au terme de son stage de fin d’études, il déclina une offre d’emploi insuffisamment rémunérée et se posa la question de son avenir professionnel. Ce passionné de jardinage décida alors de devenir maraîcher et de créer son exploitation Ché bio gardins en 2011.
Lui qui n’avait jamais utilisé de produits phytosanitaires auparavant ne changea rien à ses habitudes. Au début, il se heurta au grand scepticisme du monde de l’agriculture conventionnelle qui ne comprenait pas ce mode de production et croyait peut-être que la mode passerait. Avec un sourire espiègle, il m’explique que ses détracteurs de l’époque le considéraient, lui et une dizaine d’autres producteurs bio, comme des OVNI. Ils ont bien eu tort.
Du champ au bocal, sans détour – quand la proximité est une richesse
Si le naturel a le vent en poupe, sortir des sentiers battus reste difficile. Toutefois, cette situation ne semble pas entamer la passion du Longiprate pour le concept du bio local. Il juge inconcevable que les populations environnantes ne puissent pas profiter de sa production.
Les débuts furent certes financièrement parfois très compliqués, mais l’offre du syndicat de la baie de Somme d’installer son étal à la Maison des marais en 2012 vint à point pour lui permettre de pérenniser sa vente de légumes bio. De surcroît, le circuit ultracourt et l’absence d’intermédiaires lui permettent de rester compétitif et de pratiquer des prix parfois inférieurs à ceux de certains légumes conventionnels vendus en grande surface.
Par ailleurs, le marché des marais lui a permis de persévérer, de continuer d’apprendre et d’enrichir sa gamme de produits qui ne se limite plus désormais aux fruits et légumes : les tomates sont transformées en coulis, les pommes en jus, certains légumes en soupes et d’autres en ratatouille. Pour les légumes, il fait appel à une conserverie proche de Boulogne-sur-Mer, le Chênelet, une association d’insertion sociale par le travail, certifiée en bio, tandis que les pommes sont pressées à Bergicourt, à une quarantaine de kilomètres, par Simon Lenoir, producteur de cidre et de jus de pommes biologiques.
Ajoutons encore que, cueillis du jour ou de la veille, les fruits et légumes de Bertrand, en plus d’être très goûteux, se conservent particulièrement longtemps. Quel supermarché pourrait rivaliser avec cela ?
Ché bio gardins
Vente à la Maison des marais de Longpré-les-Corps-Saints, tous les vendredis de 16 h 30 à 19 h 00.
Rue de l’ancienne Gare
80510 Longpré-les-Corps-Saints
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