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AMIENS

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Amiens, ce sont de lointains souvenirs d’enfance : les nocturnes du samedi à la patinoire, les crêpes et les galettes à La Mangeoire, mais aussi son impressionnante cathédrale, à l’époque encore tout de noir vêtue, ou encore Jules Verne, figure emblématique de la ville. Aujourd’hui, elle a fait peau neuve et rayonne de l’ivoire pâle et lumineux de sa pierre qui accroche le moindre rayon de soleil. Aux souvenirs anciens se mêlent désormais ceux de demain. Je vous invite à les partager avec moi.​​​​​​

Oben
Amiens

Amiens

Quartier Saint-Leu

Amiens

Amiens

La cathédrale

Amiens

Amiens

Le cirque Jules Verne

Amiens

Amiens

La tombe de Jule Vernes

Amiens

Amiens

La tour Perret

CHAPITRE 1

SO BRITISH – LE QUARTIER ANGLAIS

 

Au cœur d’Amiens se cache un trésor insoupçonné : le quartier anglais de Saint-Acheul. Préservant un pan de l’histoire industrielle, ce petit coin d'Angleterre en terre picarde vous invite à une balade charmant qui met le charme britannique à l’honneur.

 

Saint-Acheul, un quartier chargé d'histoire

Amiens est célèbre pour sa cathédrale et sa tour Perret, qui annonce à des kilomètres la présence de cette grande ville. On connaît d’elle aussi les hortillonnages ou encore ses liens avec Jules Verne. Peut-être a-t-on également entendu parler du quartier de Saint-Acheul connu des paléontologues et des archéologues du monde entier et, avec Abbeville, berceau de l’étude de la préhistoire. Mais ce que peu de gens savent c’est que Saint-Acheul abrite une minuscule enclave : le quartier anglais.

Englischer Viertel

Le cadre so British de Walter Mason Lange,  un industriel visionnaire

Avec ses avenues de Londres, d’Édimbourg et de Dublin, il ne manque pas d’étonner et de séduire dans le paysage urbain amiénois avec ses demeures à l’architecture « so british », ses bow-windows surmontées de balconnets et les jardinets, minces bandes fleuries et soignées séparant les habitations du trottoir. Ce quartier si coquet, nous le devons à Walter Mason Lange, un industriel anglais qui y ouvrit une filature. Vers 1895, il y construisit des demeures de style anglais pour loger son personnel. Lui-même résidait au 35 chaussée Périgord, l’actuelle chaussée Jules Ferry,  dont un portrait de sa fille orne encore la façade.

 

La cabine téléphonique de Darlington : symbole d'amitié et panorama unique sur la tour Perret

En 1999, le maire de la ville anglaise de Darlington vint inaugurer une cabine téléphonique britannique que sa commune avait offerte à Amiens. Si l’on se place à côté d’elle, à

l’intersection de la chaussée Jules Ferry et de l’avenue de Londres, une splendide perspective sur la tour Perret au bout de cette rue s’offre à nous.

 

Bonne découverte du quartier anglais et, pourquoi pas, de Saint-Acheul !

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Cosserat

L’histoire de la Somme est intimement liée à l’industrie textile et aux grandes familles qui en ont fait le renom : van Robais à Abbeville, Saint à Flixecourt et Cosserat ou encore Bonvallet à Amiens. Si le velours Cosserat était réputé pour son inusable qualité, ce nom évoque aussi la révolution industrielle, les deux guerres mondiales, le paternalisme, mais aussi quelques inventions ourdies notamment par d’ingénieux ouvriers.

 

À Amiens, le présent est aujourd’hui encore tissé sur la trame d’une époque florissante. De la manufacture royale à la friche reconvertie, Cosserat incarne un pan entier de l’histoire sociale, économique et technique de la ville. Sa voisine, la Manufacture Bonvallet, perpétue la tradition et continue de faire évoluer un savoir-faire unique. Ce récit croisé nous plonge dans deux siècles de textile, d’innovations, de luttes et de résilience ouvrière.

 

COSSERAT ET BONVALLET, DEUX VOISINS DE TOUJOURS

 

Bonvalet, précurseur de Cosserat dans la fabrication du velours à Amiens

En 1753, une bonne trentaine d’années avant la création de l’entreprise Cosserat, Alexandre Bonvalet inventait à Grandvilliers, dans l’Oise, une méthode d’impression de tissu rapidement interdite sous le prétexte qu’elle nuisait à l’activité des tisserands qui brodaient leurs motifs. Interdit de fabrication et de vente, Bonvalet, soutenu par des industriels et des investisseurs, partit s’installer à Amiens.

 

Entre-temps sa « toile de Grandvilliers » était devenue « toile de Jouy », car un industriel de Jouy-en-Josas en avait repris la technique. Loin de se décourager, Alexandre créa, au sein de la Manufacture Royale Bonvallet (avec deux l), une méthode de gaufrage pour le velours d’ameublement, la technique Bonvallet qui permit au velours amiénois de rivaliser avec le velours de Gênes. La manufacture, aujourd’hui dirigée par le maître d’art Germain Benoît, est toujours sise rue Maberly. Son savoir-faire y est jalousement gardé. Aussi ne peut-on pas la visiter. Reste toutefois le plaisir d’en admirer les créations sur Instagram :

@manufacture_royale_bonvallet

 

Cosserat ou l’âge d’or du velours amiénois

Après une courte période de production à Rouen, entre 1740 et 1780, le velours côtelé fait son entrée dans le paysage industriel amiénois, dans la manufacture royale de coton, avec un succès qui fait naître de nombreux ateliers et, en octobre 1789, l’entreprise Cosserat. Pierre, son fondateur, épouse mademoiselle Joly, fille d’un imprimeur sur étoffe, marquant ainsi les débuts du négoce des articles d’Amiens et inaugurant un siècle d’innovations, d’inventions, de perfectionnements et de prospérité.


Crises, rachats et fermeture : la lente agonie d’un empire industriel

Une centaine d’années plus tard, l’empire Cosserat entame son lent déclin, amorcé lors de la crise du velours dans les années soixante. Après maintes crises et quelques rachats, il est repris par l’Allemand Cord und Velveton GmbH devient C&V COSSERAT INTERNATIONAL. Cependant, le repreneur manque à ses engagements : en 2008, la production s’arrête à Amiens, les machines partent pour l’Allemagne, à la frontière tchèque. Dix salariés continuent de travailler au pôle logistique qui fermera définitivement en 2012. Restent alors des anciens, orphelins d’une entreprise dans laquelle certains avaient œuvré trente, quarante, voire cinquante années. Un premier coup de semonce en 1982, quand les métiers à tisser étaient partis dans les ateliers du groupe Boussac après l’arrêt définitif des tissages et des activités connexes, occasionnant le licenciement de 120 personnes, avait déjà meurtri les esprits chez Cosserat.

 

 

LA FRICHE INDUSTRIELLE COSSERAT AUJOURD’HUI

 

Une évocation aujourd’hui encore empreinte de nostalgie

À la pointe nord-est d’une zone industrielle traversée par la Selle et délimitée par la Somme s’étend la friche Cosserat, ancien fleuron de l’industrie textile amiénoise. Parmi les nombreux témoignages recueillis dans le fascicule richement illustré « Cosserat, 200 ans de savoir-faire »*, une ancienne coupeuse et employée à la comptabilité décrit « des souvenirs très agréables, dans une ambiance familiale », tandis qu’une ancienne de l’administration observe que « Cosserat, c’était comme une grande famille », avant de préciser : « l’environnement était très agréable, beaucoup de verdure. » L’ancien concierge s’exprime ainsi : ayant été « autorisé à rester dans le logement de la conciergerie, avec un loyer modéré qui me convient et, bien que non rémunéré pour cela, j’ai à cœur d’entretenir les pelouses et les abords de l’usine. »* Ces trois témoignages, parmi de nombreux autres, renseignent sur le sentiment d’appartenance à une entreprise qui faisait la fierté de ses salariés.

 

La mémoire d’un fleuron de l’industrie porteuse d’un grand projet

En passant aujourd’hui la grille de la friche Cosserat, on est frappé par le silence, si l’on excepte le vent et le chant des oiseaux, et la luxuriance d’une nature en pleine reconquête des vieilles pierres, un peu comme si les bâtiments poussaient parmi les fleurs et les herbes hautes, et non l’inverse. Laissons sur la droite la conciergerie et longeons l’ancien réfectoire coiffé d’un clocheton pour déboucher sur une place où se dresse une croix massive, monument dédié aux morts de Cosserat, tombés pendant les deux grandes guerres ; avec sur sa gauche La Filature, une microbrasserie installée dans un ancien baraquement de la Croix-Rouge américaine de 1917, transformé par la suite en centre médico-social par Cosserat, et sur sa droite la Maison Bouchendhomme qui abrite l’atelier de tapisserie d’ameublement et de décoration de la maître artisan d’art Élodie Bouchendhomme ainsi que la boutique Madame Buvard avec son assortiment de produits écoresponsables, qui ont du sens. Au loin, à l’ouest, se profile la « cathédrale » comme on nommait le bâtiment aux immenses verrières qui abritait la machine à vapeur de mille chevaux, si puissante qu’elle fournit de l’électricité aux quartiers environnants pendant la Seconde Guerre mondiale et devenue, malgré la sécurisation de ce lieux aux mille dangers, terrain de jeu des amateurs d’urbex. D’eux on aperçoit, m’a-t-on dit, des traces dessinées dans la poussière des verrières à quinze mètres de hauteur ; un bien périlleux passe-temps, d’autant que les ossatures de métal pourraient un jour céder sous le poids d’un amateur de sensations fortes qui aurait peu de chances de réchapper d’une telle chute.

 

Vers un écoquartier : la Tisserie, un futur tissé de patrimoine

La friche industrielle Cosserat est vouée à devenir un quartier écoresponsable baptisé la Tisserie, qui sera un lieu de résidence, de travail, de flânerie et de convivialité, conçu pour préserver la mémoire historique et patrimoniale des lieux.

 

Un conservatoire dynamique des savoir-faire textiles

Pour l’heure, il faut encore se contenter de rêver à un passé déchu qui se manifeste dans chaque pierre et à chaque pas, un passé sur lequel les bénévoles de l’association Bleu de Cocagne vous renseigneront en vous faisant visiter le Conservatoire des savoir-faire et des innovations textiles de Picardie lors des Journées du patrimoine en septembre et à l’occasion des Journées européennes des métiers d’art en avril (sur réservation), ou sur rendez-vous en appelant le 06 07 71 68 93.​​​

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* Cosserat, 200 ans de savoir-faire

Disponible auprès de l’association Bleu de Cocagne et de l’office du tourisme.

 

Friche Cosserat

200 rue Maberly

8000 Amiens

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BLEU DE COCAGNE
Conservatoire des savoir-faire et des innovations textiles de Picardie

BLEU DE COCAGNE

Une rencontre au cœur de patrimoine textile picard

À Amiens, l’association Bleu de Cocagne fait revivre l’excellence textile picarde à travers la sauvegarde de machines uniques, la transmission de savoir-faire rares et un engagement passionné pour l’innovation. À l’occasion des Journées du patrimoine, une visite guidée m’a menée sur les traces de Cosserat et fait découvrir le Conservatoire des savoir-faire textiles de Picardie. Un voyage fascinant entre passé industriel, patrimoine vivant et création contemporaine, approfondi à l’occasion d’une rencontre avec Yves Benoît, président de Bleu de Cocagne.

 

Le moulin Passe-Avant, point de départ d’une aventure patrimoniale

Le 22 septembre dernier, lors d’une visite guidée dans le cadre des Journées du patrimoine, j’ai découvert le site Cosserat et l’association Bleu de Cocagne. Très intéressante, la visite était cependant assez technique. Aussi voulais-je en savoir un peu plus sur l’association et le Conservatoire des savoir-faire et des innovations textiles de Picardie. Ainsi, un mardi d’octobre, j’ai rencontré Yves Benoît, ancien teinturier et ennoblisseur qui exerçait son métier à la teinturerie Benoît, près du moulin Passe-Avant. C’est d’ailleurs avec la restauration de ce moulin du 15e siècle que l’association, créée en 1998, lança ses activités. Les travaux furent financés pour la partie basse par Bleu de Cocagne grâce à des appels de fonds et par la ville pour la partie haute. L’édifice avait eu au fil des siècles différentes vocations : moulin à farine jusqu’au 19e, il servit ensuite à produire de la farine avant d’être utilisé dans la teinturerie à compter du 20e siècle. De nos jours, il est destiné à devenir une vitrine de l’ennoblissement et du velours.

 

Un héritage d’innovateurs : Dewas, Cosserat et les “ingénieux”
Yves Benoît, ouvrier de France 2010 et maître d’art, me reçoit aujourd’hui dans l’ancienne menuiserie de Cosserat, au 200 rue Maberly, où siège depuis 2006 l’association Bleu de Cocagne qui s’est réorientée au début des années 2000 vers la recherche, la sauvegarde, la restauration du patrimoine matériel lié aux grandes inventions de la région dans le domaine textile, réorientation qui faisait suite au don des héritiers de Raymond Dewas (1903-1997), l’inventeur dans les années 30 du métier à tisser à alimentation continue qui permettait de se passer de navettes, et par conséquent de ne pas interrompre le travail, d'économiser de l'énergie et de réduire les nuisances sonores. Aujourd’hui, 80 pour cent des métiers dans le monde fonctionnent encore selon son procédé. Cet Amiénois qui avait quitté le lycée de la Providence avant le baccalauréat et s’était formé en autodidacte chez Jourdain, une petite entreprise de production de velours d'ameublement rachetée par son père en 1920, déposa quelque 450 brevets. Raymond Dewas travaillait dans l’ombre, comme Cosserat d’ailleurs qui fabriquait ses propres machines pour qu’on ne lui vole pas ses techniques de fabrication. Ainsi, les « ingénieux » de Cosserat, comme Philippe Choquard, entré en 1965 dans l’entreprise comme mécanicien à la coupe et qui apporta notamment des perfectionnements sur les machines à coudre, œuvrèrent discrètement en préservant jalousement leurs secrets.

 

Le Conservatoire, un projet collectif et vivant
Le mécénat de compétences, les subventions de la région pour la restauration et l’entretien des machines, dont 80 pour cent sont inscrites aux monuments historiques, la participation de lycées professionnels, ce qui enrichit l’apprentissage pour les élèves tant sur le plan pratique que culturel, l’engagement des 90 membres dont dix bénévoles sur le terrain et deux dans l’administratif, quatre d’entre eux étant des anciens de Cosserat, et des dons privés permettent au conservatoire de mener ses activités.  

 

Des ambitions pour l’avenir : un lieu de transmission et de création

Les anciens bâtiments de Cosserat mis à disposition par la ville font l’objet de beaux projets : Bleu de Cocagne souhaite y créer un atelier, un espace associant une résidence d’artistes, un atelier pour enfants et une bibliothèque qui permettrait la consultation d’archives, une cafétéria avec boutique jouxtant l’espace de présentation des machines et une zone de réserve, le tout avec un passage extérieur facilitant la circulation entre la boutique et l’espace muséal pour lequel toutes sortes de métiers à tisser de différentes époques, dont un métier circulaire Saint Frères des années 50 qui servait à confectionner des sacs en jute, et une machine à imprimer dont Yves Benoît parle avec une immense fierté.

 

Une machine unique au monde sauvée de l’oubli
Yves Benoît, dont le fils Benoît, qui fut aussi son élève avant de devenir à son tour maître d’art* comme lui et qui dirige aujourd’hui la manufacture royale Bonvallet dans son bâtiment historique directement en face de l’association Bleu de Cocagne, me narre l’histoire de la machine à imprimer à cylindres en cuivre, la dernière de son type en Europe, et « peut-être du monde », comme il le précise avec une pointe de contentement ; une géante qui occupe une halle tout entière. Cette machine monumentale de 1928, Bleu de Cocagne l’a sauvée du ferrailleur en 2011, à Tournon-sur-Rhône, dans l’Ardèche. Toutefois, l’association a su réveiller cette belle endormie, qu’il avait fallu démonter à l’époque pour la transporter. Quinze mille heures de travail furent nécessaires à son réassemblage. Un socle de béton fut en outre coulé gracieusement par le groupe Lhotellier et une armoire de pilotage électrique financée au moyen des 8 000 euros remportés grâce aux votes des internautes dans le cadre du concours Allianz-France Le Plus Beau Musée de France dans la catégorie Hauts-de-France. Finalement, le premier métrage d’essai fut produit en 2023.

 

Une production de toile de Jouy entre tradition et modernité

Dans un vacarme assourdissant, un rouleau gravé délicatement tourne sur l’imposante machine. Le motif imprimé fait le récit du ballon de Gonesse, la première ascension d’un ballon aérostatique, le 27 août 1783 au Champ de Mars, à Paris. Ce globe en taffetas enduit de vernis imperméable était gonflé à l’hydrogène. S’élevant sous les acclamations d’une foule nombreuse, il descendit à Gonesse, une vingtaine de kilomètres plus loin à vol d’oiseau. Il y fut assailli par des paysans épouvantés par la bête monstrueuse et qui la « tuèrent » à coups de fourches. Les motifs de la toile de Jouy, traditionnellement monochromes, dépeignaient ainsi des évènements historiques, mais aussi des scènes d’inspiration mythologique ou pastorale ou encore des scènes extraites d’œuvres philosophiques ou littéraires. Ils reproduisaient toutefois aussi des scènes exotiques. Ainsi Yves Benoît me présente-il une ravissante toile nippone au décor et aux dégradés d’une finesse extrême. Bleu de Cocagne qui possédait déjà quatorze rouleaux du 19e siècle avait lancé voici quelques temps un concours auprès de l’Ésad (école supérieure d’art et de design d’Amiens) et de l’école Boulle à Paris pour la conception de nouveaux motifs, dans le but de donner à la toile de Jouy un nouvel ancrage dans notre époque. Réalisé par une élève de l’école Boulle, le décor lauréat, évocateur de l’univers de Jules Verne, a été confié à un graveur chargé de choisir la technique de réalisation du cylindre la plus propice à produire le meilleur effet en 3D. C’est là le trait d’union avec le passé et ce qui illustre à merveille la mission du maître d’art Yves Benoît : préserver, adapter avec les techniques modernes et transmettre. La transmission s’est effectuée en la personne d’un jeune homme de 35 ans, Johan, à qui monsieur Benoît a transmis savoir et savoir-faire, et qui est à présent capable de travailler de manière autonome avec la machine. Le plaisir de voir cette boucle bouclée se lit sur le visage de ce captivant passeur de savoir et de savoir-faire que je quitte, non sans l’avoir vivement remercié d’avoir pris le temps de me recevoir et de partager avec moi ses précieuses connaissances.

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* La transmission comme mission : du maître à l’élève

Créé en 1994 et propre à la France, le titre de maître d’art est décerné à vie par le ministre de la Culture à des professionnels des métiers d’art  qui possèdent un savoir-faire rare et souhaitent transmettre leurs connaissances. Depuis sa création, 149 maîtres d'art ont été nommés dans 101 métiers artisanaux. Cette distinction récompense des artisans de passion pour la singularité de leur savoir-faire, leur parcours exceptionnel et leur implication dans le renouvellement des métiers d’art. Une fois nommé, chaque maître d’art a le devoir de transmettre son savoir-faire à l’élève avec lequel il a été sélectionné. Pendant trois ans, son atelier devient le lieu privilégié de la transmission. Il reçoit une allocation annuelle et bénéficie de l’accompagnement pédagogique de l’Institut.**

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** Siehe https://www.maitredart.fr/ (auf Französisch)

 

Besichtigungen
Nach Reservierung im Rahmen der Journées du patrimoine (Tage des Kulturerbes) und der Journées européennes des métiers d’art (Europäischen Tage des Kunsthandwerks). Besichtigungen für Gruppen und Schulklassen nach vorheriger Reservierung.

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​​Bleu de Cocagne
200 rue Maberl

8000 Amiens


Reservierung unter: +33 6 07 71 68 93
E-Mail: bleu.de.cocagne@gmail.com
Website: bleudecocagne.org

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CHAPITRE 4

HELLO SO

AU FIL DE L’OR BLEU D’AMIENS

 

Isatis tinctoria, l’or bleu d’Amiens, la waide, comme on la nomme en Picardie – mais que l’on connaît mieux sous le nom de guède ou de pastel des teinturiers – peuple aujourd’hui encore l’imaginaire des Picards, presque à la façon d’un mythe. Pourtant, à la fin du printemps, ses hampes gris-vert aux pompons de fleurettes jaune vif qui rappellent le colza, sa cousine, égayent le jardin de l’évêché de la cathédrale d’Amiens et réveillent ici et là le brun et le vert de la campagne picarde de quelques coulées d’or. Souvent évoqué à Amiens, ce végétal semble toutefois quasi insaisissable, tant il est devenu rare. Dans son atelier Hello So, l’Amiénoise Solène Vasseur s’est éprise du bleu profond de son pigment dont elle teinte ses bijoux d’argile polymère, minuscules messagers poétiques et historiques qu’elle façonne à la main.

Hello So

Quelques graines semées dans l’enfance

Solène a depuis toujours aimé créer. Elle était âgée de douze ans quand sa professeure d’arts plastiques du collège d’Ailly-sur-Somme orienta sans le savoir son parcours en proposant des cours du soir à sa classe. Ainsi commença-t-elle à « jouer à Photoshop », comme elle dit, et à créer affiches et logos pour s’amuser. Ce fut l’ébauche d’une passion qui ne l’a plus quittée : le design graphique.

 

À l’adolescence, faisant de la nécessité une vertu, elle se mit aussi à fabriquer des bijoux : allergique à toute la bijouterie fantaisie, elle se désespérait de ne pas pouvoir en porter comme ses petites camarades. Ses parents eurent alors l’idée de lui offrir des créoles en acier inoxydable et une pince à bijoux : le début d’une deuxième passion.
 

La troisième, Solène la nourrissait depuis sa plus tendre enfance : elle rêvait d’avoir un oiseau. Avait-elle prié très fort ? Toujours est-il qu’un matin de 24 décembre, un oisillon, cherchant refuge, s’introduisit par la fenêtre de la cuisine dans la maison familiale. Aussitôt adopté et baptisé Mimosa, l’oisillon vécut plus de dix ans chez les Vasseur. Mais comme la plupart des canaris, Mimosa garda son petit caractère indépendant. Et c’est ainsi qu’en 2017, Pablo, une perruche chatoyante, à l’œil espiègle, entra dans la vie de Solène. Il ne l’a plus quittée depuis.

Hello So
Hello So
Hello So
Hello So
Hello So
Hello So

La rencontre d’une spécialiste de la communication numérique et d’une fleur venue du Moyen-Âge

Ses études de communication terminées, Solène a travaillé quelques années en entreprise où, en tant qu’enfant des années 90, elle se voyait confier des missions en lien avec les réseaux sociaux dont elle fit sa spécialité. D’un désir d’indépendance naquit son agence de communication digitale. Pour compenser le temps passé sur les écrans, elle se remit à fabriquer des bijoux, en commençant par un oiseau blanc, et comme on lui demandait souvent où elle achetait ses créations, elle envisagea de monter une petite boutique, une activité qu’elle aborda aussi comme un jeu.

 

Elle choisit de baptiser sa petite entreprise Hello So – un nom qui fuse, plein de spontanéité et de soleil. Au début, Solène recherchait pour ses bijoux la blancheur de la porcelaine. En s’y intéressant, elle découvrit le bleu de cobalt des porcelaines de Chine et du Japon. De là à la waide, il n’y avait qu’un pas, ou presque, que son compagnon l’aida à franchir en laissant entrevoir le sens que le bleu de la waide apporterait à ses bijoux en les reliant au passé d’Amiens. Toutefois, ce pigment est exigeant, complexe, et demande d’être apprivoisé. Photosensible, il blanchit au soleil, ce que Solène eut l’occasion de constater sur une pièce oubliée dehors quelques semaines : toute la couleur du côté exposé s’était volatilisée. C’est ce qui pousse la jeune femme à expérimenter pour améliorer la tenue de ses créations à la lumière.

 

Toujours curieuse d’en savoir davantage, elle s’est intéressée à l’histoire de ce végétal robuste sur lequel Amiens a bâti une partie de sa richesse au Moyen Âge et dont elle évoque avec plaisir le passé captivant. Solène aurait pu choisir l’indigo pour teinter ses bijoux, mais elle lui a préféré la waide qui leur donnait tout à coup un nouveau sens.

 

L’engouement pour le bleu au XIIe siècle fit voguer cette plante tinctoriale sur la Somme à destination de l’Angleterre, dont l’industrie textile consommait des quantités considérables. Les waidiers purent ainsi financer une partie de l’édification de la cathédrale d’Amiens. Ses soubassements recouverts de frises de waide stylisées semblent illustrer leurs libéralités. Peut-être symbolisent-elles la part que prit cette modeste fleur dans la construction de l’édifice. Autre indice : la façade sud de la cathédrale rend un hommage aux waidiers en trois parties. En bas, deux personnages agenouillés en prière se tiennent devant un texte en picard médiéval révélant que « Les bonnes gens des villes autour d’Amiens qui vendent la waide ont fait cette chapelle de leurs aumônes ». Au milieu se tient un couple de waidiers, à ses pieds, un sac de cocagnes, ces boules de feuilles de waide broyées à partir desquelles on obtenait le précieux pigment bleu. En haut, la statue représente Saint Nicolas, le saint patron des marchands. Parcourir la façade et l’intérieur de la cathédrale comme un livre d’images permet de découvrir d’autres représentations de la waide qui illustrent la place de l’or bleu à Amiens.

 

Des bijoux comme des traits d’union

Bien que la guerre de Cent Ans ait mis un frein au commerce florissant de la waide, des manuscrits et ouvrages techniques permirent de conserver la trace des savoir-faire liés à l’extraction de son pigment. Au XVIe siècle, les importations en Europe de l’indigo, certes plus facile à travailler, plus concentré en matière colorante et plus rentable, évincèrent progressivement la waide dans le nord de la France, puis au Pays de Cocagne, comme on surnommait autrefois le Lauragais. Toutefois, l’indigo n’a jamais complètement supplanté la waide dans la mémoire des Amiénois et des habitants du Pays de Cocagne. Et quelques passionnés la remettent désormais à l’honneur dans ces deux régions.

 

Solène en fait partie. Mais certaines de ses créations, liées à des histoires très personnelles et à l’attachement des Samariens pour leur terre natale, sont plus que des bijoux. Ainsi la jeune femme raconte-t-elle qu’un Italien, dont l’épouse originaire de Poix de Picardie avait le mal du pays, n’hésita pas à prendre la route jusqu’à la frontière française pour récupérer sa commande, puisque Hello So ne livre pas à l’étranger. Parmi ses clientes, Solène évoque aussi deux jumelles amiénoises installées à Marseille et qui se languissaient de leur ville ou encore cette Samarienne qui lui commanda trois bijoux, pour elle-même, sa sœur et sa mère, en mémoire de son père, un Amiénois qui aimait porter du bleu et leur avait raconté l’histoire de la waide.

 

Certains des bijoux que Solène façonne à la main rattachent aussi leurs porteurs à Amiens par leur symbolique : la fleur de waide à quatre pétales et six étamines dorées, les boules qui figurent des cocagnes ou encore les gouttes en référence à la Somme sur laquelle on acheminait les précieuses coques. Mais toutes les créations de la jeune femme sont aussi l’aboutissement de son cheminement, de sa passion pour la mémoire des murs et des lieux, et de son amour du végétal. Elles illustrent à merveille son approche ludique de la création, essentiellement portée par son intérêt pour l’humain et la nature. Une liberté d’imagination et de conception qui rappelle la petite fille d’autrefois avec sa pince à bijoux.

Solène Vasseur
Créatrice de bijoux à la waide
L’or bleu de Picardie

 

Si mon article a éveillé votre curiosité, Solène vous livre le fruit de ses recherches sur la waide, son histoire et la production délicate et complexe de son pigment sur www.HelloSo.fr. Vous y découvrirez aussi ses créations – fleurs, cœurs, gouttes, feuilles stylisées –, parfois rehaussées à la feuille d’or ou d’argent. Il y a même une patte de chien bicolore, clin d’œil à son compagnon à quatre pattes et petit cadeau à l’homme qui partage sa vie. Enfin, comme ses bijoux sont plus que des parures, elle y dévoile aussi leur symbolique, leur sens et leur origine : ainsi les oiseaux sont-ils un discret hommage à Pablo, sa perruche, et au peuple des airs en général.

 

Tél. : 01 89 40 40 90

Facebook : @helloso_design
Instagram : @helloso_design

Internet : SoleneVasseur.com

Reminiscence du bleu d'Amiens

Reminiscence du bleu d'Amiens

La cathédrale d'Amiens

La cathédrale d'Amiens

Le portail de la Vierge

Le portail de la Vierge

Vierge à l'enfant

Vierge à l'enfant

L'ange pleureur

L'ange pleureur

Sourires d'anges

Sourires d'anges

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